Flyer du cycle de conférences sur l'ONU 

 

 

 

« L’ONU est-elle efficace ? »

 

 

 

 

Les raisons qui ont motivé ce cycle de conférences sont simples. Nous n’entendons que des choses négatives à propos des actions ou inactions de l’ONU. C’est une bureaucratie trop lente, elle n’a pas pu empêcher la guerre d’Iraq, le droit de veto est injuste, les casques bleus ne peuvent pas défendre les populations civiles du Rwanda ou du Darfour, … 

Nous avons organisé 3 conférences afin d’avoir un regard plus objectif sur l’ONU. 

« Quel est l’apport des jeunes à l’ONU ? » 

avec Jonas Rey, représentants de la Jeunesse Suisse à l‘ONU.

L’ONU est une organisation qui existe depuis 1945 avec suite à la signature de la charte de San Francisco et elle n’existe que grâce aux 192 états membres qui la constituent. Depuis peu de temps, elle a requis de ses états membres qu’ils intègrent des jeunes jusqu’à l’âge de 25 ans dans leur représentation diplomatique afin de les familiariser avec son organisation, sa procédure et sa manière de prendre les décisions. M. Rey fait partie de ceux-ci et il participe activement à une campagne de sensibilisation onusienne destinée aux jeunes Suisses. Il est important de préciser que sur ces 192 membres, uniquement 17 d’entre eux intègrent des jeunes dans leur représentation. Ceci démontre bien l’ambiguïté entre ce que les Nations Unies souhaitent de leurs membres et le manque de collaboration de ceux-ci…

L’ONU est unique en son genre. C’est un forum mondial où tout peut être discuté : les droits de l’Homme, l’éducation, le sida, … ; elle facilite la compréhension entre les diverses cultures, car où d’autre peut-on trouver un délégué israélien assis à côté de son homologue iranien. Les Nations Unies cherchent des solutions globales à des problèmes globaux ; chacun peut apporter sa pierre à l’édifice (lors de l’élaboration d’une recommandation, M. Rey a permis de définir le terme « femme », sans équivoque pour tous et pourtant très différent pour chacun : est-on une femme dès 12 ans ou dès 23 ans ?).

Par contre, elle comporte aussi son lot de désavantages. Les discussions sont longues fastidieuses avant l’action. Il n’y a pas d’entité supranationale qui peut ordonner et agir sans décisions collégiales. Les diplomates qui ne sont pas censurés par leur pays utilisent la langue de bois et n’osent pas contrarier les puissants. Les Nations Unies ont un budget de 12 milliards de dollars par an ce qui n’est pas suffisant, en comparaison des 100 milliards annuels dépensés par les Etats-Unis pour la guerre en Iraq. Plutôt que d’agir, certains états préfèrent blâmer l’ONU. Certains politiciens s’en servent dans leurs jeux de pouvoir, comme la prestation du président iranien Ahmadinejad lors de la conférence sur le racisme. Nombreux sont les états qui attendent un retour sur investissement de leur argent donné à l’ONU (le headquarter situé à Genève rapporte beaucoup à la ville).

Nous terminerons par mentionner que l’aide humanitaire mondiale est surtout une aide bilatérale d’un pays à un autre, et non pas exercée par l’ONU. 

L’ONU n’est pas là pour créer le paradis, mais pour éviter l’enfer.

 

Quel est l’apport du droit à l’action de l’ONU?

« Légitimer le pouvoir, protéger les victimes et punir les coupables », avec Nicolas Michel, ancien secrétaire général adjoint aux affaires juridiques de l’ONU.

La légitimité de l’ONU se fonde sur sa charte, dont les buts sont entre autres, la justice et le respect du droit international. Le droit international est comme une culture étrangère à notre système juridique. Par exemple une recommandation de l’Assemblée Générale de l’ONU n’est pas du droit mais du soft Law, cela signifie qu’il n’est pas obligatoire pour les états membres. Dans l’immédiat il peut paraître obsolète que l’ONU se prononce sous la forme de recommandations, mais à long terme ce droit souple peut se solidifier et intégrer ainsi le droit applicable national.

Au sein des pays membres de l’ONU, nous distinguons deux buts bien différents : les pays riches désirent la sécurité et les pays pauvres le développement. C’est donc au secrétariat général de coordonner et de négocier au cas par cas chaque mission selon l’objectif choisi. Un exemple de cette ambiguïté est la Cour Pénale International de La Haye. Chaque pays membre de l’ONU doit reconnaître la juridiction de la CPI, alors que seul 60 pays ont ratifié le traité de Rome qui la rend effective et obligatoire. Une personne reconnue coupable par la CPI ne pourra de ce fait pas être poursuivie dans les pays non signataires.

Lors d’un conflit, les Nations Unies ont l’obligation de protéger les victimes par la mise en place d’une intervention humanitaire. Qu’en est-il si un état fait usage de sa souveraineté afin de l’en empêcher ? Selon le droit international, il est interdit à l’ONU ou à l’OTAN d’user de la force sauf en cas de légitime défense ou si la permission lui est donnée par le conseil de sécurité. Le droit de veto fut utilisé a de nombreuses reprises, cependant les casques bleus sont déjà intervenus illégitimement, comme au Kosovo et à Srebrenica. Ceci a peu à peu ouvert la voie pour qu’en 2005, l’Assemblée Générale des Nations Unies reconnaisse la primauté de la responsabilité de protéger à celle de la souveraineté nationale. Il s’agit là d’une responsabilité subsidiaire accordée à la communauté internationale, qui lui permet de prévenir, réagir et reconstruire si l’état ne s’exécute pas. Ce principe repose sur le fondement éthique de l’intervention humanitaire au profit des populations maltraitées.

C’est au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec le procès de Nuremberg et l’adoption de la convention contre le génocide en 1948, que le droit international permit de punir légitiment les coupables de génocide et de crimes contre l’humanité. Des tribunaux spéciaux furent créés par l’ONU : en ex-Yougoslavie et au Rwanda sur résolution du Conseil de Sécurité ; en Sierra Leone, au Cambodge et au Liban par un traité bilatéral avec les états afin de les aider à se capabiliser. L’émergence de la fin de l’ère de l’impunité ne date que de 15 ans. Il faut laisser le temps au temps pour qu’une justice pénale internationale munie d’une police soit reconnue par tous.

L’ONU agit souvent sous pression, avec des enjeux éthiques  difficiles à résoudre : en Ouganda, les rebelles qui recrutent des enfants soldats se disent prêts à arrêter la guerre s’ils sont amnistiés ; au Soudan, Omar Hassan Al-Bachir expulsera l’aide humanitaire et au développement en cas de poursuites pénales. Celui-ci a aussi accepté la présence de casques bleus sur son territoire à l’unique condition que ceux-ci soient indiens et pakistanais, pays alliés au Soudan.

L’ONU est souvent en balance entre la paix, la justice et l’aide au développement. Le manque de conscience commune mondiale ne permet pas de créer une nouvelle organisation de ce genre et cela serait inutile. L’ONU n’a que 60 ans d’histoire et il faut donc persister à l’améliorer !

« Quel est l’apport de la Suisse à l’ONU ? »

avec Alexandre Fasel, chef de la Division du Département Fédérale des Affaires Etrangères pour l’ONU.

La Suisse n’a adhéré à l’ONU qu’en 2002. Le peuple avait déjà refusé son adhésion en 1986 à 76% de NON et c’est grâce à une initiative populaire que le courant se renversera plus tard.

Pourtant les valeurs des Nations Unies ne sont pas si différentes des nôtres. On peut comparer l’Assemblée Générale à notre Parlement, dont toutes les décisions sont prises par consensus. De plus l’ONU est régi par une politique de droit et non pas de puissance, qui trouve des solutions globales à des problèmes globaux et qui lutte pour le développement et la paix.

L’ONU n’est pas parfaite bien sûr, mais elle commence depuis peu à se réformer avec entre autres le conseil des droits de l’Homme et les objectifs du millénaire. L’avenir ne peut être que meilleur. Elle a aussi de nombreux défis à relever : 110'000 personnes travaillent sur le terrain, 16 missions sont en cours, le budget annuel n’est que de 12 milliards. Il faut être réaliste, l’ONU ne peut pas faire mieux avec les moyens qu’elle a. Les groupes comme le G20 qui se forment en ces moments de crise ne font que fragiliser l’ONU. Elle est la seule qui soit aussi légitime et reconnue par tous car elle est non seulement composée d’acteurs étatiques, mais aussi par des membres de la société civile.

Malheureusement il existe de nombreux problèmes qui mettent en difficulté le processus de décision au sein de l’ONU. Il existe une fracture entre l’ONU et les états membres qui croient de moins en moins en son efficacité, par exemple à cause de la guerre illégale en Iraq ou les exactions au Darfour. Mais la confiance est en train de se regagner. Chaque pays a des objectifs différents, les pays du Nord recherchent la sécurité et les pays du Sud le développement. 

Le conseil de sécurité détient aussi son lot de difficultés : les membres permanents du conseil de sécurité veulent y rester, les membres non permanents aussi, les pays émergeants veulent leur siège, les pays du Nord veulent une réforme du CS alors que les pays du sud disent que cela n’arrange que les pays du Nord. Il résulte de ce capharnaüm un blocage de toute réforme immédiate du CS. Cependant, pas avant 20 ans selon M. Fasel, une réforme possible serait d’avoir plus de membres non permanents et élus à long terme. Cela légitimerait mieux l’ONU aux yeux du monde. Concernant le droit de veto des membres permanents, il ne sera jamais abandonné par ses bénéficiaires car il leur confère trop de pouvoir. La simple menace du droit de veto annule tout débat, même pour aider une population massacrée! Une réforme désirable serait une justification de l’utilisation du droit de veto devant l’assemblée générale et aussi son annulation face aux génocides, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

L’assemblée générale des Nations Unies est réellement comme notre Parlement et elle n’est pas à l’abri des jeux politiques des états membres. Il est important de savoir qu’il y a trop de thèmes à aborder pour qu’ils soient discutés en assemblée plénière, ce sont des commissions qui s’en occupent, ainsi toutes les décisions prises lors de l’AG sont en fait décidées avant, « dans les couloirs ». 

Les états membres de l’ONU sont très différents. Il existe des pays conservateurs, tel Cuba, Egypte et Pakistan, qui connaissent trop bien la procédure légale onusienne et font tout pour retarder les décisions. Lors des débats préalables à une résolution, certains états « impulsifs » quittent la salle et il faut leur courir après, car toute décision est consensuelle. Il existe aussi des pays silencieux, qui « marchandent » leur voix au plus offrant. Il existe de nombreux groupements d’états formels et informels, tels des partis politiques, qui se soutiennent corps et âme. Par exemple l’Union Européenne qui privilégie une politique unique à une bonne décision ! Si l’ONU veut pouvoir se réformer, il faudra transcender ces groupes et viser ensemble le bien commun. 

La Suisse, elle, fait partie des quelques goodwill countries, les pays de bonne volonté, avec la Suède, le Liechtenstein, la Norvège et d’autres petits pays. Selon toute logique des petits pays partageant les mêmes idées devraient se réunir, de fait ils voguent chacun en solitaire et se bloquent mutuellement à cause des mêmes intérêts qu’ils poursuivent. La Suisse est reconnue par les autres états comme un état libre, qui ne cache pas son jeu et qui dit la vérité. Elle est d’ailleurs la seule à avoir osé s’exprimer contre la liste de terroristes publiée par les USA, car arbitraire et contre l’état de droit ! Comme elle ne fait pas partie de groupes, elle est libre de se positionner, elle facilite et façonne le débat, elle tend la main à des groupes différents et elle a des projets communs avec de grands acteurs. Par contre lors de la prise de décision, seuls les groupes décident et la Suisse est seule… C’est pour cela qu’elle veut se rapprocher de certains états comme l’UE, le Canada et la Nouvelle-Zélande et avoir une stratégie de coopération flexible. Pour avoir plus d’influence, la Suisse doit augmenter ses fonds attribués à l’ONU car elle n’est que son 14ème contributeur.

Cependant, comme l’a dit Kofi Annan, « Switzerland is punching way above its height ! »

Conclusions et table ronde

Blâmer les Nations Unies pour ses lacunes est facile. Il est possible que nous ayons de trop grandes expectatives à son sujet ? Nous attendons d’elle la paix dans le monde, rien que ça… Pourtant la police et les lois n’ont jamais empêché les meurtres. Nous devrions plutôt considérer l’ONU comme un surveillant qui empêche le pire d’arriver, ou comme un médecin qui guérit peu à peu un cancer. Pour preuve, les Etats-Unis doivent tout de même justifier leurs actions, même s’ils n’écoutent pas la réponse. Certainement que d’autres pays s’empêchent d’agir par peur de sanctions. Pour être efficace, une autorité doit être reconnue, avoir de l’autorité et des moyens. Voilà des qualités qui manquent à l’ONU pour mieux agir. Peut-être que si chaque pays était représenté démocratiquement dans un Parlement mondial les gens s’y identifieraient mieux. Ou alors si l’idée de vainqueurs et perdants de la seconde guerre mondiale disparaissait des mentalités. Mais pour cela il faut réformer le Conseil de Sécurité… L’ONU peut paraître trop éloigné de la réalité alors qu’elle devrait être plus présente sur le terrain et sensibiliser les gens. 

Dans tous les cas la Suisse y joue un rôle important de médiateur et l’on ne peut que la soutenir à continuer dans cette voie.

Nos invités nous ont réellement apporté une lueur d’espoir, mais ils nous ont aussi appris à être patient. 

Attendons peu d’elle et elle fera beaucoup !

 
 
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