6300 secondes, 105 minutes ou 1h45, les temps s’équivalent. Il s’agit aussi du temps moyen qu’il faut à une personne moyenne pour courir le Morat–Fribourg : 17,7 km et 388 m de dénivelé positif.
Mais le Morat–Fribourg, au-delà des chiffres, c’est quoi ? Vous en avez sûrement déjà entendu parler, cette course revient sur toutes les lèvres des Fribourgeois.e.s au moins une fois par année. Si vous êtes de la région, vous y avez certainement participé étant petit.e. Plus grand.e.s, si ce n’est pas directement dans la course, c’est souvent sur les bords de la route qu’on vous retrouve pour encourager.
L’anecdote historique pour avoir l’air cultivé :
D’un point de vue historique, il s’agit non seulement de la plus ancienne course de Suisse, mais également d’un hommage à la mémoire de la victoire des Suisses contre Charles le Téméraire en 1476. La légende raconte que le soldat, portant un rameau de tilleul, courut ce même parcourt depuis Morat pour arriver en bas de la cathédrale avant de s’effondrer mort sous le coup de l’effort (à noter qu’à l’époque, courir en armure ne devait pas être chose aisée).
Une moitié-moitié :
Depuis plusieurs années, si vous ne voulez pas affronter le parcours complet de 17,7 km, vous avez la possibilité de commencer le tracé à Courtepin : 9 km, une course plus courte mais qui offre aussi différentes possibilités, car la course change de visage à ce moment-là. À l’arrivée de la ville, le public se fait de plus en plus nombreux et les visages fatigué.e.s croisent ceux qui s’élancent à peine. Plus que 9 kilomètres à parcourir jusqu’à la cathédrale : une autre échelle d’effort, plus brève, mais pas moins exigeante. Ici, les enfants, les amateur.rice.s, les ami.e.s sont venu.e.s et forment une seconde vague. La même route, la même arrivée, mais un autre rythme : le Morat–Fribourg se rejoue en plusieurs versions.
« Le plus dur, c’est quand on arrive sur le plateau : on aperçoit la cathédrale au loin, mais on n’a encore fait que la moitié du chemin » Eve Sciboz, coureuse de l’édition 2025 sur le tracé de la course moitié-moitié.
Récit d’une presque coureuse :
Contrairement à ce que vous pourrez croire, je n’ai pas couru le Morat-Fribourg, en revanche je vis avec une personne qui le fait chaque année.
Tous les dimanches elle se lève pour aller faire son tour habituel, mais lorsque les mois se rapprochent de la date buttoir, les entraînements se multiplient. Rien de bien excessif, mais les kilomètres augmentent, les parcours sont adaptés pour atteindre le bon nombre de dénivelé, voire un peu plus pour garder de la marge. Des séances d’étirements et de renforcements musculaires ont lieu dans mon salon.
Je me suis donc questionnée : pourquoi se lever tous les dimanches aux aurores pour aller courir à en cracher ses poumons ? Pourquoi enfiler ses baskets qu’il pleuve ou qu’il vente et surtout comment revenir à chaque fois avec le sourire ? C’est incompréhensible pour ma personne qui fuit le cardio comme la peste.
Afin d’en avoir le cœur net, je me suis rendue à l’arrivée du Morat–Fribourg. Non seulement pour être une bonne supportrice face aux efforts investis et aux smoothies suspects ingurgités ces dernières semaines, mais aussi pour comprendre ces fameux sourires. Et j’ai compris !

Postée parmi la foule, j’ai vu les premiers coureurs déboucher au bout de la montée, puis les arrivées se sont enchaînées sans fin. Chacun franchissait la ligne avec le même mélange de fatigue et de joie, puis un sourire presque instinctif, comme si la douleur s’effaçait d’un coup. À Fribourg, les cris du public, les cloches et les encouragements se mêlaient. Amis, familles, collègues et voisins s’attendaient là, tous rassemblés le temps d’un instant. Sur cette ligne, il ne s’agissait plus seulement de courir, mais de partager quelque chose : un effort, une émotion, un moment suspendu.
