Malgré les difficultés techniques et financières rencontrées lors de sa création, ce long-métrage de Jean-Pierre Dikongué-Pipa a réussi à s’imposer comme l’un des piliers du cinéma d’Afrique centrale. Projetée lors de la toute première édition du FIFF en 1980, l’histoire des « Roméo et Juliette Africains » revient en l’honneur du 40e anniversaire du festival.

Le film débute par une scène longue et énigmatique, quasiment muette, d’un homme au regard triste et aux buts mystérieux.

Mais rapidement, ce moment s’entrecoupe de scènes du passé, qui se rallongent peu à peu pour former la majorité du film. On découvre l’histoire de Ngandu, un jeune homme travailleur mais d’origine modeste, et de Ndomé, une jeune femme au caractère bien trempé. Ils s’aiment et souhaitent se marier, mais les parents de Ndomé demandent une dot colossale. L’oncle de Ngandu, chef de famille, accepte de la payer… jusqu’à ce qu’il rencontre Ndomé et décide de la prendre pour cinquième épouse. Que peuvent deux jeunes gens sans pouvoir ni argent contre l’irascible oncle de Ngandu ? De plus, il s’agit non seulement de se battre contre sa décision, mais également contre l’opinion et les traditions désuètes de leurs deux familles et du village entier. Ndomé a bien une idée, mais les conséquences seraient désastreuses…

Muna Moto, 1976. 90 minutes, Noir et Blanc.

Par les gestes, le langage mais surtout les regards, Dikongué-Pipa nous montre la condition des femmes dans la société rurale camerounaise des années septante, et le peu d’importance accordée à l’amour dans un monde gouverné par les traditions et l’argent.

Texte : Elise Shapiro

Image : fiff.ch