Sensuel et élégant, aujourd’hui le tango garde en lui un air de canaille romantique par ses origines ; posez un regard sur cette danse passionnée, son apprentissage et la beauté qu’elle peut apporter à notre monde.

Les origines du tango

Le tango est originaire des rives du Rio de la Plata, un estuaire formant la frontière entre l’Argentine et l’Uruguay. À la fin du XIXe siècle, l’Argentine connait une croissance économique fulgurante qui nécessite l’appel de main d’œuvre venue de l’étranger. Aux Criollos, aux autochtones et aux descendants d’esclaves se mêlent les immigrants européens d’Italie, de France, de Pologne, d’Allemagne, etc. C’est dans les couches de la société les plus pauvres et hétéroclites de la Rio de la Plata, logées dans les conventillos, que naît le tango, sa danse, sa musique et son chant. Dans le Poema del Conventillo de l’Argentin Raúl González Tuñón, ces habitations précaires sont ainsi décrites : « Conventillo, tu es douleur brute, plaie vive ; un jour éclatera ton humeur ; blasphème de l’homme rude et des femmes qui se répriment, et tu souilleras la ville pédantesque de ton haleine de vice et de crime et de ton rire grotesque. » Le tango sort des entrailles de la misère de cette population culturellement mixte ; il en est l’expression de sa nostalgie et de son espoir. Une chose surprenante est qu’à ses débuts, le tango est surtout dansé entre hommes – les femmes ne représentaient qu’un quart de la population –  et entre compadritos, ces hommes réputés frimeurs, bagarreurs et romantiques, descendants des Gauchos dans des villes qui se modernisent et s’européanisent. Certains retracent même leurs origines jusque dans les bordels, où l’on pourrait imaginer les hommes danser en attendant leur tour…

Evidemment, le tango a évolué et (beaucoup) voyagé depuis ses débuts. Au début du XXe siècle, il s’exporte en Europe où il est globalement jugé indigne par les noblesses européennes au pouvoir. Il revient dans le Rio de la Plata, cette fois-ci adopté par la bourgeoisie locale. S’en suit un âge d’or, puis un déclin avant de voir, dans les années 1990, une véritable renaissance du tango, largement pratiqué de nos jours, jusque dans notre petite ville de Fribourg et son Université.

L’apprentissage

Bien qu’elle soit une danse improvisée, elle n’en est pas moins très technique. Elle repose tout d’abord sur la marche : il faudra donc apprendre à marcher en couple, ce qui demande plus de subtilité et de patience que ce qu’on soupçonnerait a priori. En réalité, la caminata est un élément qui sera continuellement travaillé et amélioré. Pour orner la marche, vous apprendrez, au fil des cours, une multitude de figures (comme le ocho, le cruzado ou la sacada par exemple) qu’il faut imaginer comme autant de pièces de Lego. Des blocs fondamentaux à assembler, réassembler à gré et enchaîner qui donnent finalement une danse libre, improvisée, indubitablement unique et personnelle, selon les formes du tango. Sa musique peut être torturée et intense, parfois pleine d’émotion, de chagrin ou de passion. Le tout est romantique, à souhait. Cela dit, il est très important de noter que ses qualités d’élégance et de sensualité n’enlèvent rien au côté ludique du tango.

Hommes dansant le tango dans une rue de Buenos Aires, pour s’entraîner avant d’aller au bal

C’est un jeu à deux, un apprentissage dans le mouvement et la musique. Même si les débuts peuvent être rudes, il arrivera inexorablement le moment où vous commencerez à être fiers, même modestement, de votre danse. Quel pas vous appelle ? Quel pas vous amuse ? Vous et votre partenaire, votre être cher si vous avez cette chance, allez là où la musique et votre curiosité vous mènent, sans faire cas des erreurs et en gardant à l’esprit que l’apprentissage ne s’arrête jamais. Il peut arriver que le rythme ne soit pas respecté, que la technique soit un peu fébrile ou le pas hésitant, mais comme dit Slade (Al Pacino) dans « Scent of a Woman » (1992) « Même si l’on tangue, le tango continue… ».

Pourquoi danser le tango ?

Le monde est brut et fade ces derniers temps. On se surprend à rêvasser. Dans les films d’époque, les gens dansent, en couple et entre amis. Il était certainement rude à cette époque aussi, le monde. Mais il est certain qu’il ne manquait pas de couleur, et que les gens qui l’habitaient avaient un talent pour le peindre. La bonne nouvelle pour nous, c’est qu’il n’est pas interdit de danser en couple dans une milonga où les gens sont bien habillés, portent des jolies chaussures, où le parquet poli brille et reflète une lumière légèrement tamisée. Ce n’est pas que dans les films que l’élégance et la joie de vivre se confondent dans la danse et que les jeunes couples s’aiment. Tout ceci est tout à fait accessible, à vrai dire, grâce à Marcel et Eliane du cours de tango proposé à l’Université ; vous trouverez ici un lien pour plus d’informations. ¡Hasta luego!

Texte : Lum Morina

Image : Wikipédia