Depuis la rentrée du semestre d’automne 2025, la Haute école pédagogique fribourgeoise (HEP|PH FR) a intégré l’Université de Fribourg en créant la nouvelle Faculté des sciences de l’éducation et de la formation. Explications et premier bilan avec Philippe Genoud, son doyen.
C’est un modèle unique en Suisse : la première faculté consacrée à l’éducation se trouve chez nous, à Fribourg ! Partout ailleurs, devenir enseignant passe par une Haute école pédagogique. Seule Genève propose une formation universitaire, mais dans un institut et non pas une faculté. Le projet fribourgeois peut être qualifié de pilote, car il intéresse d’autres cantons qui se penchent eux aussi sur la question d’un regroupement.
À la base de ce projet se trouve une décision politique du Conseil d’Etat datant de 2021. L’objectif était d’amener une continuité et d’enlever une incohérence dans le système de formation à l’enseignement entre le degré primaire et secondaire, jusqu’ici séparé entre la HEP et l’Université. De plus, les formations ont la particularité d’être proposées en français, allemand et en bilingue, ce qui implique des coûts très élevés. Ainsi est née l’idée de synergie.
Doyen à 51 ans

Le Fribourgeois Philippe Genoud est professeur ordinaire en formation d’enseignement. À l’âge de 51 ans, il s’est vu attribué la fonction presque inédite de « doyen fondateur ». En effet, alors qu’une quinzaine de groupes de travail, gérés par un Comité de projet, ont été mis sur pied dès 2021 afin de réfléchir à la meilleure manière d’intégrer la HEP (infrastructures, bibliothèques, finances, IT, personnel, etc.), trois semestres ont été nécessaires pour créer les bases légales, mettre en place les processus et assurer le bon fonctionnement de la nouvelle faculté, ceci sous la responsabilité du doyen fondateur. Ce dernier a ensuite été élu doyen « régulier » pour une période de trois ans.
Un arobase unifr.ch
Concrètement, ce regroupement ne change pas grand-chose pour les 1655 étudiants inscrits dans l’un des trois départements que compte la Faculté. De grandes précautions ont été prises pour éviter de péjorer les conditions d’études promises. Ainsi, tous les crédits sont reconnus, la durée de formation est inchangée et les professeurs et bâtiments sont similaires. Le plan d’étude a quant à lui été adapté, comme chaque année, mais sans grande révolution en lien avec ce regroupement.
Les aspects qui ont réellement été affectés sont plutôt d’ordre organisationnels. Par exemple, les étudiants de la HEP ont vu leur adresse e-mail changer au profit d’un arobase unifr.ch, ou ont dû s’habituer à la plateforme MyUnifr – une tâche pas toujours facile. Toutefois, Philippe Genoud nous confie ne pas avoir reçu d’échos négatifs, ce qu’il qualifie comme étant « plutôt un bon signe, parce qu’en général quand il y a des problèmes cela remonte assez vite ». Du côté des enseignants, un petit temps d’adaptation a été nécessaire pour comprendre la nouvelle marche à suivre de l’imprimante ou les nouvelles listes d’étudiants. Mais le passage a été plutôt « fluide » et le doyen tire un premier bilan plutôt positif après le premier semestre.
À l’interne, cette synergie est un gain en matière de formation continue, jusqu’ici déléguée à la HEP. Avoir le tout sous le même toit permet une « meilleure gestion et efficacité ».
Économies et incompréhensions
Philippe Genoud nous confie cependant qu’il reste du travail, notamment sur les questions financières. Les budgets fonctionnent sur des années civiles, ce qui signifie que la Faculté a dû jongler avec des refacturations jusqu’au début 2026. Disposant désormais de son propre budget, il faudra « réapparier et remettre ensemble les bonnes lignes budgétaires » pour éviter les dysfonctionnements. En outre, à peine créée, la Faculté doit déjà analyser ses économies et réallocations possibles pour satisfaire le Plan d’Assainissement des Finances de l’Etat.
Certains aspects organisationnels comme le cahier des charges du personnel ou le plan d’étude primaire sont en cours de révision. Un grand défi à venir, car ce sont des aspects qui touchent émotionnellement les gens en touchant à leur « identité professionnelle ». La culture institutionnelle doit aussi s’harmoniser : Philippe Genoud avait l’idée que la HEP et l’Université faisaient quelque part « le même boulot », mais il s’est heurté à quelques incompréhensions… Ecoutez son témoignage et d’autres informations inédites sur Unimix.
