Stalker est un film soviétique étonnant, tant par ses visuels que par son rythme ou par les thèmes qu’il explore. Découvrez ce chef-d’œuvre d’Andrei Tarkovsky.

Présentation générale

Stalker est un film soviétique réalisé par Andrei Tarkovsky, sorti en 1979. Son scénario est écrit par les frères Strougatski, s’inspirant librement de leur roman Pique-nique au bord du chemin (Пикник на обочине), sorti en 1972. L’intrigue du film est franchement très simple et les personnages peu nombreux. Nous suivons l’excursion et les discussions de trois personnages : le Stalker, l’Ecrivain et le Professeur. Tous les trois, pour différentes raisons que le film expose à mesure qu’il se déroule, aimeraient entrer dans un territoire appelé la Zone. Cette Zone est tout à fait mystérieuse. C’est un périmètre militairement gardé dans lequel serait tombé une météorite. Il s’y déroulerait des anomalies et s’y trouverait des pièges ; le Stalker est alors une sorte de sherpa qui guide les plus misérables à travers cette zone en direction de la Chambre qui exaucerait les souhaits de ceux qui y pénètrent.

Un appel à la contemplation par l’ennui

Stalker est un film pénible et envoûtant dans la combinaison qu’il propose entre ambiguïté et lenteur. 142 plans sur 163 minutes, 1 minute et 8 secondes par plan en moyenne : ce film est lent. Outre les thèmes évoqués par les discussions et le scénario du film, Stalker est aussi une mise en abîme du temps qui passe, qui s’étale et dont on perd finalement la notion. Lorsque le Stalker s’effondre et s’assoupit, la caméra dérive sur un long plan survolant de près une surface d’eau sale et marécageuse pendant plusieurs minutes avant que le Stalker ne se réveille : s’agissait-il d’une ellipse ou ces quelques minutes représentaient-elles le temps réel de l’absence du personnage ? Combien de temps s’est-il réellement passé de toute manière ? Le spectateur, comme c’est l’habitude pour l’humain qui s’ennuie dans le calme, se met inévitablement à lui aussi divaguer. Et l’ennui que peut provoquer ce film n’est pas le signe de l’incompétence du réalisateur, au contraire. Alors qu’on lui faisait la remarque que son nouveau film était lent, Tarkovsky répondit : « Le film doit être encore plus lent et plus ennuyeux au début, afin que les spectateurs qui se sont trompés de salle aient le temps de partir avant que l’action principale ne commence ». Son rythme, mêlé à sa cinématographie extrêmement soignée, crée un film contemplatif, ennuyant et hypnotique.

La Zone invite à la foi

« Ma chère, le monde est désespérément ennuyant […] Au Moyen Age par contre, c’était intéressant. Dans chaque maison, un génie du foyer ; dans chaque église, Dieu. » Le monde que décrit et déplore l’Ecrivain est le monde dans lequel nous vivons au quotidien, avec tout ce que nous pouvons y voir d’austère, de rude et de fade. C’est en opposition avec ce monde en noir et blanc qu’apparaît la Zone, avec ses règles courbées, sa nature et sa couleur vive. Voici peut-être la mission du Stalker, mais aussi du cinéma en tant qu’art et du réalisateur : courber les règles et ajouter de la couleur, montrer aux autres que le monde n’est pas nécessairement morne et que pour le voir différent, il faut commencer par le penser possiblement différemment ; une existence qui ne serait pas écrasée par des règles de plomb assommantes, où nous utiliserions notre « organe de la foi » selon l’expression du Stalker…

Que voulez-vous vraiment ?

Un thème récurrent du film est celui du désir. Il ne s’agit cependant pas du désir superficiel qu’expriment les phrases « je veux ceci » ou bien « j’aimerais cela », mais plutôt un penchant subconscient, l’attirance fondamentale qu’une personne a envers un concept, l’inclination profonde qui oriente une vie. Cette attirance, ce désir, met en marche une personne comme la masse du soleil et les grands astres mettent en marche les autres corps célestes autour d’eux, les faisant tomber ainsi en chute libre vers eux, sans toutefois jamais les atteindre. La Chambre a cette faculté de rendre la fin séparée de chacun tout à fait atteignable. Cette fin nous est inconnue. Le maître du Stalker, un dénommé Porc-Épic, est rentré dans la Chambre. De retour chez lui, il est devenu immensément riche et s’est suicidé une semaine plus tard. L’Ecrivain nous donne sa version : Porc-Épic voulait faire revenir son frère, mort par sa faute pour une histoire d’argent, c’est pourquoi il entra dans la Chambre. Celle-ci exauça le désir le plus profond de Porc-Épic, c’est-à-dire l’abondance matérielle. Il ne sut pas continuer à vivre en connaissant la bassesse de sa raison d’être, révélée par le cadeau de la Chambre, lui qui se croyait maître spirituel, une sorte de sherpa vers l’éveil. Alors, rentreriez-vous dans la Chambre ?

Voici un lien qui vous redirige vers la VOSTFR (gratuite). До свидания !

Texte : Lum Morina

Image : Reddit©