Du 24 avril au 27 septembre, le mudac (Musée cantonal de design et d’arts appliqués contemporains) à Lausanne ouvre les portes d’une exposition particulière : elle retrace la vie et les travaux d’Isao Takahata, co-fondateur de Studio Ghibli. Voici un petit aperçu de cette exposition unique en Suisse.
Né dans la préfecture de Mie, Takahata étudie à l’Université de Tokyo et se passionne pour l’animation notamment grâce au film français Le Roi et l’Oiseau qu’il visionne lors de sa sortie au Japon en 1955. Obsédé par chaque aspect de ce film, il le visionnera de nombreuses fois, tentera de répliquer certaines scènes et même de reproduire la musique et le script. Quelques années plus tard, il reconstituera même le storyboard avec plusieurs collègues, en passant toute une nuit à visionner la bobine.
Décidé à écrire et diriger des projets d’animations, il rejoint le prestigieux studio d’animation Toei Animation. C’est là qu’il rencontre le jeune Hayao Miyazaki avec qui il se lie d’amitié. Bien qu’il sera ensuite reconnu comme l’une des premières œuvres phares de l’animation japonaise moderne, son tout premier film, Horus, Prince du Soleil, est considéré comme un échec commercial à sa sortie en 1968.
Takahata et Miyazaki, ainsi que leur ami Yoichi Kotabe, quittent le studio Toei en 1971. Ensemble, ils élaborent le projet d’animer la série de livres Fifi Brindacier ; mais, ne parvenant pas à trouver un accord avec l’autrice, ils sont forcés d’abandonner le projet. Cependant, ils utilisent certaines parties de ce projet pour créer Panda Petit Panda (1972), une suite de deux courts-métrages pour enfants qui connaît un grand succès au Japon.
Peu de temps après, les trois animateurs sont contactés par le studio Zuiyo Enterprise pour créer une série animée basée sur le livre Heidi. Afin de restituer fidèlement l’atmosphère locale, ils effectuent eux-mêmes un repérage dans les Alpes et ramènent de nombreuses photos. Ces efforts porteront leurs fruits puisque les magnifiques paysages illustrés dans la série ont grandement contribué à son succès. Il est même dit que la Nature en est un personnage à part entière.
Studio Ghibli
Après avoir dirigé quelques films à succès, Miyazaki commence à développer son propre manga, Nausicaä de la Vallée du Vent (1984), dont il dirige également l’adaptation cinématique en 1984, qui est acclamé des critiques. Takahata, qui participe au projet en tant que producteur, présente le compositeur Joe Hisaishi à Miyazaki, marquant le début d’une longue collaboration. Studio Ghibli est officiellement fondé en 1985 par Takahata, Miyazaki et deux autres collaborateurs, Toshio Suzuki et Yasuyoshi Tokuma. Dans les années qui suivent, Takahata produit plusieurs films encore célèbres aujourd’hui, tels que Le Château dans le Ciel (1986), Le Tombeau des Lucioles (1988) et Mon Voisin Totoro (1988). Le Tombeau des Lucioles est un projet qui lui est particulièrement cher puisqu’en plus d’être basé sur la nouvelle semi-autobiographique éponyme, le film s’inspire également des propres expériences de Takahata qui a survécu au bombardement d’Okayama par les Américains en tant qu’enfant.
Le Conte de la Princesse Kaguya
Basé sur le Conte du Coupeur de Bambou, un très vieux conte folklorique japonais, ce film diffère visuellement de la majorité des films du studio. Premièrement, l’utilisation de l’aquarelle lui donne une teinte plus légère, préférant le pastel aux couleurs vives. Et deuxièmement, l’esthétique plus expérimentale offre un style « imparfait », laissant parfois des traits de croquis dans le résultat final.

« J’étais réticent à travailler moi-même en animation » explique Takahata. « Quand on esquisse un croquis à la va-vite, le dessin est plein de vie. L’animation ne permet pas cette liberté des traits ; ceux-ci doivent être nets et uniformes. »
Et en effet, l’exposition présente aux visiteurs nombre de ses dessins et croquis, auxquels ses traits simples mais intentionnels semblent donner une vie propre.
Une trace laissée au fusain
Tout comme il avait autrefois été inspiré par les œuvres de Jacques Prévert, Paul Gremault et Frédéric Back, Isao Takahata à son tour influencé notamment Hayao Miyazaki et Michel Ocelot ainsi que, espérons-le, plusieurs générations de spectateurs enthousiastes.
