Groupe genevois de blackened death metal, Stortregn s’est déjà produit au Wacken et plusieurs fois à Fri-son.

Alors les gars, comment ont fait pour appeler ce Dawa de la musique ?

Le black metal, un sous-genre musical extrême du heavy metal, s’est d’abord distingué grâce aux nombreux faits divers – meurtres, suicides, flambages de chapelles chrétiennes, satanismes – qui ont traversé la Scandinavie au début des 90′. Très critiqué depuis pour sa brutalité apparente, son attrait à la misanthropie et aux sciences occultes, nous décidons de parler de ce style avec Johan Smith et Duran Bathija, respectivement guitariste et bassiste du groupe Stortregn. Stortregn, reconnu pour ses qualités musicales, est une référence sur la scène du blackened death metal. Leur notoriété est toutefois aussi dûe à l’affiliation musicale qu’ont leur a reconnu au groupe Dissection, dont le chanteur, membre du Luciferian Misanthropic Order, s’est suicidé en 2006 entouré de bougies et d’un grimoire.

Et vous, comment vous positionnez-vous par rapport à la violence qu’on pu affiché certains groupes de black?

Johan: C’est vieux ça. Le black metal a beaucoup changé. Quand je pense à cette période, j’ai surtout l’impression que c’était une bande de gosses un peu attardés, en quête de sens et qui n’ont pas pu s’empêcher de faire d’énormes conneries.

Duran : D’autant qu’il faut savoir distinguer l’idéologie de la musique. Le black metal exploite des forces sombres de l’âme humaine, comme la colère, la désolation. C’est sûr, peu de métalleux poétisent sur la beauté des fleurs un matin de printemps ! (Rires). Il est donc facile d’associer au black metal certains occultismes extrêmes. Mais ça reste une minorité.

J : Même si le black metal ne se gargarise pas d’une joie de vivre inconditionnelle, les sentiments qu’il exploite me paraissent légitimes. Il s’estampe des remous difficilement exprimables qui t’habitent et il les apaise à travers une musique crue. Wagner ou Bach, eux-aussi, exploitent ces forces sombres de manière brillante en musique classique.

Plus c’est « black » plus c’est…

J : Nécessaire ! Le black metal est une énergie particulière. Quand tu en écoutes, tu n’as pas l’envie instinctive de pogoter avec tes potes. Ecouter du black metal c’est un processus plus intérieur qui a l’effet d’un gros « bodywash » sur certaines sensations ou pensées. Écouter du black metal et tout autre metal extrême, c’est aussi et avant tout se dégager de la quotidienneté ; c’est se transformer en quelque chose de plus intense, plus vivide.

Depuis la gauche : Duran Bathija et en quatrième position Johan Smith

Vous, musiciens, qu’est-ce qui vous passionne dans le metal ?

J : À la manière du jazz ou du classique, c’est sa complexité qui me séduit. En termes de construction, le metal est sans doute plus proche du classique dans sa rigueur. Ce n’est pas le genre de musique qu’on improvise.

D : La performance est aussi intéressante. Car, en soi, faire du metal ne veut rien dire. On ne peut pas se contenter de faire du metal, comme des gens font de la pop. Il faut bouger dedans pour dépasser ses limites musicalement et physiquement.

J : On aime le métal pour sa créativité, sa puissance et sa liberté car c’est un genre en constante évolution.

Vous n’allez quand-même pas mentir en disant que vous avez aimé le metal à la première écoute…

D : Teuteuteu… et Black Sabbath alors? Ils ne sont pas les darons du black metal pour rien ! Pour le métal plus extrême, c’est vrai qu’il faut une petite mise en jambe pour apprécier. Ça demande un effort d’écoute d’au moins une ou deux semaines pour apprécier la puissance qui s’en libère.

J : C’est clair que tu n’écoutes pas Motörhead ou Emperor avec la même sensation au ventre. Le black metal et tout autre metal extreme sont des styles qui requièrent un « apprentissage d’écoute ». Personnellement, j’ai bien mis un mois avant d’apprécier Night’s Blood de Dissection.

Et alors, vous viendrez à Fribourg nous faire découvrir votre nouvel album ?

J et D : On l’espère ! Et il va vraiment bien rendre en live ! Ce serait carrément cool de pouvoir le jouer à Fribourg. Les fribourgeois nous ont toujours bien accueillis. On y est passé plusieurs fois et c’était que de supers moments. On a hâte d’y retourner !

Sa sortie est programmée pour début 2018

D : Exactement. Et dans cet album, on sort des sentiers que l’on a déjà pu battre en changeant un brin le style. Pour l’anecdote, ce sera la première fois que quatre d’entre nous participent à la composition de l’album qui tend à être plus death technique que les trois premiers. On en est vraiment fier, on s’est tous donné à fond pour le concrétiser ! On vient de recevoir la pochette de l’album, peinte par Dan Seagrave et qui déchire évidemment, et début 2018, on migre du studio vers les salles de concerts. Soyez prêts !

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