Ces deux documentaires réalisés par Manuel Abramovich suivent des jeunes dans un moment charnière et compliqué de leurs vies, marquant une transition.

 

La Reina, lauréat du Prix du meilleur court-métrage lors du FIFF de 2014, suit la préparation de Maria Emilia Frocalassi. La jeune fille s’apprête à devenir la reine du carnaval.  Elle s’entraîne à porter une imposante couronne, ornée de faux diamants et d’améthystes, et essaie son costume fait sur mesure. Ainsi, on la suit dans ses essayages et dans sa préparation juste avant le défilé. La jeune Maria Emilia ne semble pas prendre plaisir à être habillée, coiffée et maquillée. Au contraire, tout ce rituel semble l’irriter et la mettre mal à l’aise.

 

Soldado, premier long métrage documentaire du réalisateur, suit Juan José Gonzalez, un jeune homme qui fait son école de recrue en Argentine. On le voit découvrir la vie de caserne et son organisation : il apprend à plier ses draps correctement, à saluer ou encore à marcher au pas. Le jeune homme est aussi impliqué dans la fanfare militaire, au sein de laquelle il apprend à jouer du tambour. Juan José découvre une vie différente, qui l’éloigne de son enfance et de ses habitudes. Il semble se transformer au fur et à mesure de sa formation.

La perspective adoptée par le réalisateur pour ces deux documentaires est très intéressante. Il se concentre sur la perception et le vécu des deux jeunes. Les autres personnes apparaissent seulement à travers leurs yeux et n’ont pas de véritable présence. On a donc l’impression de vivre ce qu’ils vivent et de ressentir ce qu’ils ressentent. Dans le premier court-métrage, on a ainsi le sentiment qu’Emilia Maria est la spectatrice de sa vie. Elle est le centre des événements mais n’y participe pas, elle se laisse faire sans vraiment agir. Dans le deuxième, on a l’impression de voir Juan José passer de l’adolescence à la vie adulte, et les réflexions qui l’accompagne.

Ces documentaires sont donc intelligemment filmés puisqu’ils nous plongent dans des réalités éloignées dans nôtres tout en les rendant accessibles et compréhensibles. Bien que le deuxième puisse sembler un peu long et répétitif, ils sont tous deux prenants et agréables à regarder car l’on se sent concerné par les événements. En bref, deux excellents documentaires !

Texte : Céline Biselx

Images : IMDb