La sensationnelle carte blanche à Kevin Germanier, l’exposition cousue main loin des tendances jetables

Styliste valaisan à la tête d’une maison de haute couture portant son nom, Kevin Germanier s’est imposé ces dernières années comme une bouffée d’air frais dans le paysage de la mode en contrastant fortement avec le modèle dominant axé sur la production et le renouvellement presque immédiat. Il propose un ralentissement tenant tête à la fast fashion, choisissant de valoriser l’art de la récupération afin de créer des pièces uniques et originales. Textiles invendus, bouteilles en plastique, canettes en aluminium et autres matériaux recyclés sont réemployés et transformés, de sorte à en exploiter leur plein potentiel, puis présentés lors de défilés de Fashion Week, ou encore portés par les célébrités les plus en vogue. À titre d’illustration, le 29 janvier, la maison a révélé sa collection haute-couture printemps-été 2026 Les Chardonneuses, au palais de Tokyo à Paris, et à l’occasion de la cérémonie des Grammy Awards 2026 s’étant tenue le 1er février, la popstar suédoise Zara Larsson a arboré une création signée Germanier sur le tapis rouge.

En somme, Kevin Germanier fait rayonner la mode suisse à l’international, en faisant par exemple appel à des tricoteuses valaisannes pour certaines confections, valorisant l’artisanat et la minutie des techniques avant la noblesse inhérente aux tissus. Conscience écologique et savoir-faire créatif permettent ensemble d’atteindre une véritable glamourisation de l’upcycling.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se réutilise !

Germanier x Nguyen Tien Truyen, Look 25, collection Haute Couture automne-hiver 2025-26 (volume en bouteilles de plastique fondues et broderies de perles upcyclées)

Depuis le 7 novembre dernier, le musée cantonal de design et d’arts appliqués contemporains (mudac) de Lausanne nous invite à plonger dans l’univers coloré et maximaliste de Germanier. Sa carte-blanche met à l’honneur son ADN et ses valeurs, et ce dans les moindres détails, notamment à travers la scénographie de l’exposition, qui a été pensée dans une logique de « zéro déchet », alignée avec les méthodes de production de la marque. De ce fait, toutes les infrastructures et éléments permettant d’exposer les créations sont soit issus d’autres expositions, soit prêtés ou loués. L’attention portée à la récupération va donc au-delà d’un simple souci esthétique, mais s’ancre de manière tangible directement dans l’aménagement de l’environnement à disposition.

Un fil conducteur soigneusement brodé

S’étalant sur une surface de 300m2, l’exposition ne se veut pas rétrospective, mais offre une réelle vision d’ensemble sur le processus créatif de Kevin Germanier.

Elle débute par une pièce exposant de nombreuses silhouettes de collections différentes, entre autres Les Désastreuses, Les Globuleuses, ou Les Épineuses, mêlant prêt-à-porter et haute couture. Entourés de miroirs qui permettent de voir tous les détails à travers divers angles de vue, les looks extravagants, texturés et organiques prennent l’allure de véritables statues, volumineuses et théâtrales. Les écrans diffusant les images des défilés correspondants montrent les tenues prendre vie sur les mannequins en mouvement. Tout est pensé pour une expérience immersive et esthétique, des lumières à l’arrangement de la salle qui rappelle d’ailleurs un défilé inversé, où les visiteurs.euses prennent un rôle actif pour découvrir les silhouettes statiques de part et d’autre du podium.

S’ensuit une salle inspirée des cabinets de curiosités, principe très célèbre entre le 16ème et le 19ème siècle, qui étaient des espaces de collections privées. Ici, il s’agit d’une collection de nombreux éléments emblématique de la maison : des sacs à main brodés de perles, des costumes de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024, ainsi que des éléments plus inattendus, fruits de collaborations entre Germanier et d’autres marques comme des stylos Caran d’Ache exlusifs ou des escarpins Christian Louboutin x Germanier. Tout cela offre une vue condensée sur l’identité et les accomplissements de la marque.

Enfin, le parcours mène à une pièce aux allures de laboratoire, examinant le mécanisme de création de A à Z. D’une source d’inspiration jusqu’au produit final, en passant par des croquis, des recherches de matériaux, l’élaboration des patrons et le soin accordé aux derniers ajustements, la salle rend attentif à chacune des étapes du fastidieux labeur qu’est la création artistique. Elle donne l’impression d’assister à l’autopsie d’une silhouette, permettant d’en comprendre ses composantes.

Une balade qui en vaut le détour

Entre perles, tricot, plumes, strass, paillettes et broderies, l’exposition Les Monstrueuses saura vous immerger dans l’esprit singulier de Kevin Germanier. Son dynamisme et sa grande beauté sauront vous captiver, que vous soyez passionné.e.s de mode ou pas du tout, et ce peu importe votre âge. Alors n’hésitez plus et laissez-vous conquérir par un voyage vers une mode consciente, éthique et époustouflante !

 

Texte et photo : Malado Soumaré