Derrière les coulisses du Festival International du Film de Fribourg avec le Jury des jeunes pour découvrir ce qui se cache derrière « silence, moteur, action ».
Le Jury des jeunes du Festival international du Film de Fribourg est organisé en partenariat avec l’Université de Fribourg, impliquant directement des étudiant.e.s qui octroient un montant de CHF 5’000.– (doté par Fribourgissima) au film gagnant.
En 2026, le Jury des jeunes est composé de Cinzia Ghisleni, Brigitte Jian-Yu Gong, Elisa Kahraman, Marie Kamber, Léo Lugon, Thomas Martins de Oliveira et Pablo Soldini, issu.e.s de l’Université de Fribourg ainsi que de l’eikon et l’HETS.
Pour cet article, j’ai demandé à l’un des juré.e.s, Léo Lugnon, de nous raconter son expérience et de nous donner un aperçu de ces dix jours de festival.
Silence
Regarder des films est une expérience bien plus intense que ce que l’on pourrait imaginer. Il faut rester attentif lors de chacun des douze films en sélection pour la compétition internationale, dont la durée moyenne est de deux heures. Cela représente une journée entière passée devant le grand écran ! Ces films racontent de belles histoires émouvantes venues du monde entier et peuvent donc avoir un certain poids selon le sujet abordé : ils peuvent faire rire, pleurer, effrayer ou même mettre mal à l’aise. Avec ce programme chargé, j’ai demandé à Léo si le jury avait le temps de prendre de l’avance sur les délibérations entre les projections. Il y a eu de brèves discussions et des pauses café mais l’essentiel de l’effort était consacré à s’imprégner des films et à prendre des notes. Certaines œuvres ont été rapidement écartées et un certain consensus s’est dégagé sur celles qui resteraient en lice lors des délibérations. Par exemple, un élément marquant a été la subjectivité de l’art : l’un des premiers films mis de côté a été celui qui a finalement remporté le Grand Prix.

Moteur
Le film que le Jury des jeunes a choisi de récompenser est Honeymoon, réalisé par Zhanna Ozirna. Il raconte l’histoire d’Olya et Taras, jeunes mariés, confinés dans leur appartement alors que les forces russes arrivent à Kiev. Dans un article pour Variety, la réalisatrice déclare : « Pour moi, la guerre servait davantage de cadre ; le véritable sujet était la relation. Je m’intéressais à la façon dont les gens se comportent lorsqu’ils perdent leur sentiment de sécurité et de dignité, et à la manière dont les relations évoluent dans ce genre de situation ». Ce film a clairement trouvé un écho auprès des membres du Jury des jeunes ainsi qu’auprès des critiques de cinéma qui l’ont désigné lauréat du Critics’ Choice Award.
Action
Choisir ce film n’a pas été une entreprise facile. Pour cette 40e édition, les délibérations ont duré environ quatre heures et demie – non pas à cause de désaccords, mais parce que c’était l’occasion d’exprimer ses pensées, ses idées et ses préférences. La première étape consistait à attribuer un certain nombre de points à chaque film (allant d’un à quatre), puis, lorsqu’il n’en restait plus que trois, chaque membre ne pouvait voter qu’une seule fois. Cela s’est avéré très difficile, « mais ça fait partie du jeu » me confie Léo. Une décision devait être prise : avec un total de sept juré.e.s, trois de chaque côté pour les deux derniers films, l’un d’entre eux devait avoir le vote décisif. Tout s’est joué sur ce que représente le Jury des jeunes et sur le message qu’il souhaite transmettre à sa génération. Honeymoon a été réalisé grâce à une bourse d’études octroyée par le Festival international du film de Venise et avait donc un lien supplémentaire avec le jury composé de jeunes étudiants.

Coupez
Faire partie d’un jury de jeunes est une expérience extrêmement enrichissante, tout en étant intense et exigeante. Le monde du cinéma n’est pas un univers inaccessible et lointain comme Hollywood veut nous le faire croire : les juré.e.s sont entouré.e.s de créateur.rice.s, d’acteur.rice.s et de distributeur.rice.s. Léo a évoqué la proximité que les membres du jury ont pu établir avec les artistes, que cela soit autour d’un verre ou lors de leur dernière sortie en Gruyères, où ils ont visité le HR Giger Museum et dégusté des spécialités traditionnelles. Finalement, faire partie du Jury des jeunes du FIFF permet d’accéder à différentes cultures ainsi que partager sa passion pour le film et la narration.
