Un chez-soi est un lieu où l’on se sent à l’abri du monde et où l’on peut exprimer sa personnalité.

La notion d’espace n’a pas toujours été la même, elle a évolué en rapport avec l’extension de la perception spatiale de l’être humain. Durant l’Antiquité (romaine et grecque), le monde connu était perçu comme un disque entourant la Méditerranée. Durant le Moyen Âge, cette conception a varié selon les époques, passant d’une conception en TO de la Terre (Terrarum Orbis : l’Asie, l’Europe et l’Afrique sont forment un T) à des représentations plus proches de celles que l’on connaît aujourd’hui. Copernic, en 1543, postule que la terre est sphérique et qu’elle se trouve au centre de l’Univers avant d’être contesté par Galilée, selon lequel le soleil se trouve au centre de l’Univers.

Habiter un espace et être chez soi

L’être humain a besoin d’un espace, d’un lieu d’enracinement, qui représente un prolongement, une extension de soi. Une demeure est un lieu où l’on habite. Habiter est une action faite lorsque l’on réussit à s’orienter et à s’identifier à sa demeure. Les espaces où la vie se déroule doivent être des lieux au vrai sens du mot, des lieux de mémoire et d’ancrage symbolique. Ils s’illustrent par trois caractéristiques fondamentales. Premièrement, l’instauration d’un dedans et d’un dehors à travers la création de frontières, de limites, qui peuvent être physiques ou symboliques. Deuxièmement, la question de choisir entre ce qui est visible et ce qui reste secret. Enfin, un processus d’appropriation symbolique de notre lieu d’habitation. Ce dernier advient à travers le contrôle de l’espace comme une zone à défendre, à travers le marquage, le fait de signer un espace par des inscriptions ou des objets personnels et à travers le désir de donner une identité personnelle à un espace.

Un chez-soi est un espace de protection à la fois contre les intempéries et contre le reste du monde social. Il s’agit d’un lieu rassurant, dans lequel on ressent un profond sentiment de sécurité affective. Un lieu qui fait le lien entre sécurité spatiale et sociale. Il s’agit d’un espace privilégié à forte résonance émotionnelle et sociale et qui se démarque comme lieu de vie propre à une personne. Il ne correspond pas nécessairement à une maison, comme on aurait tendance à l’imaginer : un marin peut aussi se sentir chez-soi sur son bateau. Mais il représente toujours un espace vécu, investi par une expérience sensorielle, tactile, visuelle, affective et sociale. Il représente et permet en même temps une expression de soi-même, exprimée par l’acquisition et l’agencement de meubles ainsi que par le soin dédié à cet espace. Le chez-soi raconte une histoire individuelle et sociale. Il permet de dire comment nous nous enracinons en cet espace, comment nous l’investissons, comment nous concevons notre rapport au monde, aux autres, comment nous nous percevons et comment nous retournons vers nous-même. Le chez-soi est aussi un lieu d’intégration de valeurs, de représentations, de normes et de codes propres à un groupe au travers de la socialisation primaire des enfants.

Les déracinés : quelle est l’importance d’avoir un chez-soi ?

L’enracinement à un espace, se caractérise par le lien que l’on noue avec un lieu de vie et les personnes qui nous entourent. Mais plusieurs événements peuvent mener au déracinement d’une personne ou d’un groupe de personnes. Il peut par exemple s’agir d’un divorce, dans le cadre duquel les enfants peuvent avoir un sentiment de manque affectif et de référents. Il peut aussi s’agir d’une guerre. Cette situation produit un double déracinement : la destruction du chez-soi et le processus de construction d’un nouveau chez-soi dans un pays étranger. Quitter un pays en ruine provoque un choc psychologique énorme. Selon l’ethnographe Beate Mitzscherlich « nous avons besoin d’un sentiment d’identité et de continuité pour pouvoir renouer avec les expériences passées ». L’absence de chez-soi engendre un besoin perpétuel de trouver un endroit où l’on se sent enfin chez soi.

 

Texte Tanimara Sartori

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