Un étudiant tessinois sur deux se forme à Fribourg. Une histoire d’amour entre les deux cantons qui fait date et que l’UGA, association des étudiants tessinois, s’efforce de perpétuer.
À l’heure de l’apéritif, le bout de la rue de Lausanne prend parfois des airs du Sud. Devant la gelateria L’Intrigo, les conversations fusent en italien entre verres de spritz, Birra Moretti et pizzas. C’est là que se retrouvent régulièrement les nombreux étudiants tessinois de l’Université de Fribourg, qui gravitent autour d’une association : l’UGA, ou les Universitari Gaudenti Associati. Un nom qui en dit beaucoup : « Les gaudenti, c’est les épicuriens, ceux qui aiment les plaisirs de la vie ! », s’exclame Gerardo Di Ieso, ancien président de l’association. « C’est ce qui nous définit, nous, les Tessinois. »
Et dans le cœur de ces étudiants italophones, Fribourg a une place toute particulière, au point d’être souvent décrite comme le « pôle tessinois en Romandie ». Les deux cantons sont unis par une affinité historique qui s’explique par leur proximité religieuse : pour les familles tessinoises du 20e siècle, il était plus rassurant d’envoyer ses enfants dans une université de tradition catholique, selon un article de La Liberté paru en 2017. Beaucoup de personnalités tessinoises connues et respectées ont ainsi étudié à Fribourg, et le bouche-à-oreille a fait le reste.

Selon des chiffres utilisés par la RTS en 2018, un étudiant tessinois sur deux fait désormais ses armes à l’Unifr – alors même que Lugano dispose d’une université depuis 1996. Mais son offre limitée – facultés de sciences sociales, économiques, biomédicales, d’architecture et d’informatique – pousse beaucoup de jeunes à partir étudier de l’autre côté des Alpes. Fribourg, ville bilingue et étudiante qui dispose déjà d’une communauté italophone bien implantée, apparaît alors comme un choix de prédilection.
Comme à la maison
Aujourd’hui, les Tessinois représentent environ 10% de la communauté estudiantine fribourgeoise – et c’est ce qui fait la force de l’UGA. Créée en 1993, l’association s’est rapidement imposée comme le point de repère pour les jeunes venus du sud des Alpes. Les nouveaux arrivants, parfois déboussolés dans cette ville dont ils ne maîtrisent aucune des deux langues, y trouvent rapidement un cercle social, des conseils pratiques et un sentiment d’appartenance. « Notre but, c’est de créer une belle communauté en apportant une touche tessinoise à Fribourg », déclare Giorgia Stoira, actuelle présidente de l’UGA.
Et en effet, lors de chaque évènement, tous les ingrédients semblent vouloir rappeler la maison : des lots de tombola issus de commerces tessinois aux cocktails produits dans la Vallée de la Maggia, jusqu’au choix de L’Intrigo comme stamm. Alessia, étudiante en bachelor, confirme : « On peut parler avec les serveurs en italien, c’est comme si on était chez nous, mais en plein Fribourg ».
L’UGA compte aujourd’hui plus de 500 membres et affiche complet à presque chacun de ses évènements. Une véritable institution, selon son ancien président : « Les gens viennent d’universités de toute la Suisse pour notre apero finale. Tous ceux qui ont étudié hors du Tessin connaissent l’UGA ». Une notoriété qui traverse les générations : « Nous avons même des membres dont les parents étaient ughini ! »
Parmi ce vaste réseau d’alumni figurent d’ailleurs quelques noms familiers: Marco Chiesa, actuel conseiller aux Etats tessinois, a notamment été membre du comité de l’UGA durant ses études à Fribourg. « Mais les idées politiques, ça reste en dehors », précise Gerardo avec un clin d’œil. « L’UGA, c’est fait pour rassembler. » Rassembler tout en cultivant un fort entre soi : l’approche peut sembler paradoxale. Mais le jeune homme l’assure : l’UGA est ouverte à toutes et tous, et en collaborant avec d’autres communautés universitaires, comme l’association des Valaisans, elle renforce au contraire les liens entre étudiants issus de tous les cantons. Une manière, finalement, de perpétuer une vieille tradition fribourgeoise : faire cohabiter des cultures suisses autour d’une même table – en y ajoutant un peu d’esprit gaudente.
