Fondateur d’une société spatiale qui semblait promise à un bel avenir, Pascal Jaussi a été jugé cette année à Fribourg pour escroquerie et plusieurs autres chefs d’inculpation.
Le lancement à Payerne le 13 mars 2013 de la société Swiss Space System semblait être très prometteur pour l’aérospatial suisse. En effet, son fondateur, Pascal Jaussi, voulait démocratiser l’accès à l’espace. Cela vaudra à ce pilote et ingénieur aéronautique le surnom de « Elon Musk suisse ». Son projet était de lancer dans l’espace des mini-satellites grâce à une navette fixée sur un avion de ligne. Il prévoyait de faire décoller les avions de l’aéroport militaire de Payerne, où est aussi installé le siège de sa société. Mais aucun de ces vols n’aura jamais lieu.
De rapides problèmes financiers
Une année seulement après son lancement, Swiss Space System rencontre des ennuis financiers importants. En effet, à la fin de l’année 2014, la société est déjà surendettée de plusieurs millions. Malgré le soutien de la ville de Payerne et du Canton de Fribourg, elle manque d’investissements sérieux. Elle tente alors un plan de sauvetage en proposant la fabrication de satellites low cost et en vendant des places pour des vols en apesanteur. Aucune de ces idées ne fonctionne et la société doit rembourser les acheteurs des places de vols en 2016, augmentant ainsi encore sa dette.
À partir de 2015, la cinquantaine d’employés ainsi que le loyer des locaux de Payerne ne sont plus payés. Ils seront expulsés des locaux en 2016. En dernier recours, et bien qu’informée de son manque de fiabilité, Swiss Space System fait appel aux services d’un homme d’affaires iranien, installé à Dubaï. Malgré une promesse de financement, celui-ci n’honorera jamais ses engagements envers la société suisse. Cette affaire met définitivement l’entreprise dans une situation financière très compliquée.
La dette finale de la société s’élèverait à environ 30 millions de francs suisses, selon une enquête exclusive de la RTS.
Une véritable agression ?
Dans ce contexte financièrement compliqué pour l’entreprise, son patron est retrouvé blessé et gravement brûlé dans une forêt fribourgeoise le 26 août 2016. Pascal Jaussi affirme qu’il a été attaqué par des concurrents de sa société spatiale.
Cette version des faits est rapidement remise en doute par les autorités. En effet, les rapports médicaux indiquent que les blessures semblent avoir été infligées par la victime elle-même. De plus, une agression par des rivaux, alors même que la société S3 était sur le point d’être déclarée en faillite, parait peu vraisemblable aux autorités. Elle apparait plutôt comme une tentative désespérée de sauver une entreprise déjà vouée à l’échec. Malgré tout, Pascal Jaussi n’est pas condamné en raison de ses blessures importantes, et il maintiendra toujours sa version des faits. Après plusieurs ajournements de mise en faillite au cours de l’année 2016, sa société est déclarée en faillite le 17 janvier 2017.

Le procès
Le procès a finalement eu lieu cette année entre mai et juin au Tribunal pénal économique de Fribourg. Pascal Jaussi a dû répondre à de nombreuses accusations telles que des inductions de la justice en erreur, un incendie intentionnel, une tentative d’escroquerie et une gestion déloyale. En plus de l’agression d’août 2016 qu’il aurait simulée, il aurait trompé des partenaires d’affaires et des privés, notamment en vendant des billets pour des vols inexistants.
Tout au long du procès, deux versions des faits s’opposent : celle du procureur général Raphaël Bourquin qui considère Pascal Jaussi comme un escroc et même un « manipulateur », selon ses propres mots. Et celle de l’accusé qui se considère innocent et même comme une victime de la justice.
Dans sa seule interview accordée aux médias depuis 2016 et parue dans Le Temps le 2 mai 2026, Pascal Jaussi déclarait : « L’intention de mener à bien le projet était réelle. Sans mon agression, les vols auraient lieu. ». Tout comme son avocate, il explique la faillite de son entreprise par son agression en 2016, et non par une mauvaise gestion. Et il voit le procès comme une occasion de rétablir la vérité.
Malgré tout, le 29 juin, Pascal Jaussi est finalement reconnu coupable d’abus de confiance, d’escroquerie, de faux dans les titres et d’incendie intentionnel, et est condamné à 5 ans et demi de prison.
