Voyage au bout de la vie
Avec «Sâdhu», son quatrième long métrage, le réalisateur Gaël Métroz offre un pèlerinage au-delà des idées reçues sur le mysticisme indien. Entretien avec un éternel voyageur.
MAEVA PLEINES
Des sources du Gange au lac sacré du Népal, Gaël Métroz a suivi Suraj Baba pendant dix-huit mois. Résultat de leur périple aux confins de l’Himalaya: une heure et demie de documentaire durant lequel le spectateur accompagne ce sâdhu hors du commun à la recherche de la vérité (et c’est bien là le sens littéral du mot «sâdhu»). Finalement, quelle est l’essence de la vie? Être un homme saint? Ou simplement un homme bon? Le réalisateur raconte son expérience.
D’où vous est venue l’idée de réaliser un film sur ces hommes mystiques indiens, les sâdhus?
Gaël Métroz: La genèse de «Sâdhu» date de 2010. J’avais envie de créer un documentaire sur la Kumbha Mela, ce rassemblement de dizaines de millions de pèlerins qui a lieu tous les douze ans au bord du Gange. Mais pour cela, il me fallait un personnage. J’ai donc passé trois mois sur place, en «repérage». C’est là que j’ai rencontré Suraj Baba.
Je l’ai aperçu pour la première fois à côté de sa grotte, alors que je rentrais d’une marche à travers les glaciers himalayens. Au début nous avons peu parlé, au point que je n’étais même pas certain qu’il savait l’anglais… Puis, au fur et à mesure, nous nous sommes apprivoisés: je lui proposais mon aide, il m’offrait du thé, et nous mangions ensemble. Ces rencontres l’ébranlaient, lui qui avait passé huit ans en véritable ermite. Et pourtant c’est Suraj Baba qui m’a proposé de l’accompagner à la Kumbha Mela.
Suraj apparaît comme un être très touchant. On ressent chez lui un côté enfantin, fondamentalement humain et spirituel…
GM: Suraj possède en effet la naïveté et la grande fraîcheur d’un enfant. Mais parallèlement, il se pose des questions vraiment profondes. Il recherche l’essentiel, et ne s’arrête pas aux stéréotypes de ce que l’on attend des saints hommes en Inde. Ses tourments intérieurs en sont d’autant plus violents.
Mon but a notamment été de retranscrire ces émotions, en insinuant le spectateur dans la peau d’un sâdhu. Ce glissement s’effectue progressivement, par des prises de vues rapprochées, des jeux sur le flou, et surtout grâce aux silences. Des moments de mutisme souvent plus éloquents qu’un flot de paroles. Ce que l’on peut percevoir, et ressentir, à travers un visage par exemple, résonne bien plus fort que les mots.
D’un point de vue personnel, qu’avez-vous retenu de ce pèlerinage?
Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’immense confiance dans la vie des peuples du continent indien. Nous avons rencontré des gens subsistant essentiellement de la mendicité, et qui ont néanmoins partagé tout ce qu’ils avaient avec nous. Ils vivent totalement dans le présent en mettant leurs dernières réserves sur la table, sans calcul. Et puis lorsqu’il n’y a plus rien, ils meurent… Finalement leur bonheur  émane de la simplicité.
Ce mode de vie diverge complètement de la philosophie occidentale. Nous perdons une énergie considérable à tout planifier… De plus, nous avons tendance à nous imaginer au sommet d’une pyramide. Comme s’il n’y avait qu’une façon de se développer: de préférence dans le confort et le luxe. Chaque culture s’est pourtant déployée dans des branches diverses. En fait, il faudrait se représenter une étoile à la place de cette pyramide. Et mon travail consiste à découvrir les branches des autres civilisations contemporaines, en m’immergeant dans leur réalité, sans jugement.
Sept facettes de Gaël Métroz
Une qualité? La ténacité

Gaël Métroz

Un défaut? L’entêtement
Un personnage? Don Quichotte
Un film? Fight Club
Un endroit? Les Vallées Kalash (aux frontières du Pakistan avec l’Afghanistan)
Un évènement? 2004, traversée du Désert du Soudan en solitaire lorsque mon âne tombe malade, me faisant frôler la mort…
Un proverbe? «Bien faire et laisser braire.»

Avec «Sâdhu», son quatrième long métrage, le réalisateur Gaël Métroz offre un pèlerinage au-delà des idées reçues sur le mysticisme indien. Entretien avec un éternel voyageur.

Des sources du Gange au lac sacré du Népal, Gaël Métroz a suivi Suraj Baba pendant dix-huit mois. Résultat de leur périple aux confins de l’Himalaya: une heure et demie de documentaire durant lequel le spectateur accompagne ce sâdhu hors du commun à la recherche de la vérité (et c’est bien là le sens littéral du mot «sâdhu»). Finalement, quelle est l’essence de la vie? Être un homme saint? Ou simplement un homme bon? Le réalisateur raconte son expérience.

Spectrum: D’où vous est venue l’idée de réaliser un film sur ces hommes mystiques indiens, les sâdhus?

Gaël Métroz: La genèse de «Sâdhu» date de 2010. J’avais envie de créer un documentaire sur la Kumbha Mela, ce rassemblement de dizaines de millions de pèlerins qui a lieu tous les douze ans au bord du Gange. Mais pour cela, il me fallait un personnage. J’ai donc passé trois mois sur place, en «repérage». C’est là que j’ai rencontré Suraj Baba.

Je l’ai aperçu pour la première fois à côté de sa grotte, alors que je rentrais d’une marche à travers les glaciers himalayens. Au début nous avons peu parlé, au point que je n’étais même pas certain qu’il savait l’anglais… Puis, au fur et à mesure, nous nous sommes apprivoisés: je lui proposais mon aide, il m’offrait du thé, et nous mangions ensemble. Ces rencontres l’ébranlaient, lui qui avait passé huit ans en véritable ermite. Et pourtant c’est Suraj Baba qui m’a proposé de l’accompagner à la Kumbha Mela.

Suraj apparaît comme un être très touchant. On ressent chez lui un côté enfantin, fondamentalement humain et spirituel…

Suraj possède en effet la naïveté et la grande fraîcheur d’un enfant. Mais parallèlement, il se pose des questions vraiment profondes. Il recherche l’essentiel, et ne s’arrête pas aux stéréotypes de ce que l’on attend des saints hommes en Inde. Ses tourments intérieurs en sont d’autant plus violents.

Mon but a notamment été de retranscrire ces émotions, en insinuant le spectateur dans la peau d’un sâdhu. Ce glissement s’effectue progressivement, par des prises de vues rapprochées, des jeux sur le flou, et surtout grâce aux silences. Des moments de mutisme souvent plus éloquents qu’un flot de paroles. Ce que l’on peut percevoir, et ressentir, à travers un visage par exemple, résonne bien plus fort que les mots.

D’un point de vue personnel, qu’avez-vous retenu de ce pèlerinage?

Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’immense confiance dans la vie des peuples du continent indien. Nous avons rencontré des gens subsistant essentiellement de la mendicité, et qui ont néanmoins partagé tout ce qu’ils avaient avec nous. Ils vivent totalement dans le présent en mettant leurs dernières réserves sur la table, sans calcul. Et puis lorsqu’il n’y a plus rien, ils meurent… Finalement leur bonheur émane de la simplicité.

Ce mode de vie diverge complètement de la philosophie occidentale. Nous perdons une énergie considérable à tout planifier… De plus, nous avons tendance à nous imaginer au sommet d’une pyramide. Comme s’il n’y avait qu’une façon de se développer: de préférence dans le confort et le luxe. Chaque culture s’est pourtant déployée dans des branches diverses. En fait, il faudrait se représenter une étoile à la place de cette pyramide. Et mon travail consiste à découvrir les branches d’autres civilisations, en m’immergeant dans leur réalité, sans jugement.

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Gaël Métroz en sept facettes…

Une qualité? La ténacité

Un défaut? L’entêtement

Un personnage? Don Quichotte

Un film? Fight Club

Un endroit? Les Vallées Kalash (aux frontières du Pakistan avec l’Afghanistan)

Un évènement? 2004, traversée du Désert du Soudan en solitaire lorsque mon âne tombe malade, me faisant frôler la mort… Une expérience qui m’a mis face à la fragilité de la vie, me donnant une énergie dans laquelle je puise encore aujourd’hui.

Un proverbe? «Bien faire et laisser braire.»

Maeva Pleines