Au sud du Maroc, une auberge clandestine incarne la communauté de la « free party ».
Dans la petite ville rurale d’Aourir, au sud du Maroc, dans la région de Souss-Massa, se trouve une auberge atypique, à la frontière entre une auberge de jeunesse et un squat. Elle représente un espace autogéré et underground. Seuls les participants des « free parties » connaissent ce lieu, caché du regard de la police comme de la population de manière plus étendue. L’auberge appartient à des propriétaires qui pratiquent un tarif bas de 50 dirhams la nuit, soit environ cinq francs suisses, ce qui permet de rendre le lieu plus accessible aux personnes dans le besoin.
La maison est organisée en deux parties. En bas, des chambres privées appartenant aux propriétaires sont connectées au même escalier qui mène à une chambre commune. À l’étage supérieur se trouve un salon, une cuisine et une petite chambre. Aucune pièce ne possède de porte, sauf la salle de bain. Les chambres pour dormir sont seulement fermées par un drap suspendu. Un rooftop équipé d’un canapé est aussi présent. Le lieu n’est pas surveillé, ce qui peut entraîner des vols et une insécurité, rapprochant ainsi ce lieu d’un squat.
Les valeurs de cet espace commun sont communes à celles de la free party. Ce genre de soirée est définie par un auteur anonyme dans son article, nommé « Rien n’arrête un peuple qui danse : dimensions spatiale et libertaire de la free party », comme une organisation socio-spatiale alternative, libre, éphémère, autogérée et émancipatrice de la société de consommation et d’un certain nombre de discriminations inhérentes au monde de la fête actuel (sélection en fonction de critères sociaux, vestimentaires, ethniques, budgétaires, etc.). Il souligne que cet espace est ouvert à tous et à toutes, sans distinction sociale, vestimentaire, de genre ou ethnique particulière, en tant que fête libre en opposition avec la marchandisation de la fête et le contrôle de l’État et des pouvoirs publics.
Ainsi, les valeurs de cette auberge s’enracinent directement dans celles de la free party : la liberté, l’autogestion et une volonté de privilégier la connexion humaine et le partage. Les hôtes cuisinent ensemble des plats tels que des tajines et mangent directement avec du pain en guise de couvert. Ils font de la musique ensemble à l’aide de machines électroniques, jouent à des jeux de société et s’organisent pour aller à des free parties en stop, quelle que soit la distance à parcourir.

Ce lieu suit les mêmes principes que les free parties, par l’absence de hiérarchie imposée, l’entraide communautaire, le refus des auberges touristiques fondées sur le profit, ainsi que le refus du contrôle. Ce n’est pas juste un lieu de passage mais un prolongement du mouvement lui-même où les mêmes principes sont privilégiés au quotidien.
Selon les adeptes de ce mouvement, ce mode de fonctionnement interroge non seulement le contexte actuel du tourisme et de la fête, mais également sur les valeurs de la société actuelle. Pour eux, cette auberge résiste au développement touristique et à la standardisation des hébergements en offrant un toit à des voyageurs que le tourisme classique laisse de côté, faute de moyens. Face au contrôle croissant des espaces publics et privés, notamment par la surveillance et les règlementations, elle permet une certaine liberté et autogestion. Il en va de même pour les free parties, qui offrent à toutes les personnes la possibilité de participer à des événements musicaux, alors que les rassemblements légaux exigent des moyens financiers et imposent le contrôle. Ils voient ainsi la naissance de nouvelles formes de liberté dans ces rassemblements et de l’espoir face aux contraintes sociétales telles que celles des codes vestimentaires et des exclusions qui fragilisent la liberté d’expression et la culture. Ils mentionnent la politique répressive actuelle, notamment en France, qui tend à supprimer ces événements pour des raisons de sécurité et de nuisance pour les riverains. Cependant, par le biais des répressions, cela tendrait aussi à réprimer la culture et les valeurs libertaires, qui s’étendent également à l’espace privé du quotidien et à d’autres sphères. L’auberge de jeunesse veut occuper, dans ce contexte, une place importante dans cette lutte pour la liberté et pour la reconnexion avec les valeurs profondes de toute une culture en voie de disparition.
